La Belgrade Pride prévue dimanche dernier a finalement été annulée la veille par ses organisateurs, les autorités serbes les ayant avertis que les risques de violences de la part d’éléments “extrémistes” homophobes étaient trop élevés.
Plusieurs mouvements ultra-nationalistes ont aussitôt exulté à cette nouvelle, se réjouissant, selon les termes de l’un d’entre eux, que “les infidèles et les satanistes ne passeront pas”.
Le Premier ministre serbe, Mirko Cvetkovic, a proposé samedi aux organisateurs que le rassemblement homosexuel se tienne pour des raisons de sécurité non pas dans le coeur de la capitale, où il était prévu depuis des semaines, mais plutôt à Usce, un espace vert séparé du centre ville par le fleuve Sava, a indiqué à l’AFP une organisatrice, Dragana Vuckovic.
“C’était pour nous inacceptable. Nous avons en conséquence décidé de renoncer” à l’événement, a-t-elle ajouté. Tenir un rassemblement “dans un champ” n’a aucun sens lorsqu’il s’agit de revendiquer l’égalité en matière de droits, a-t-elle souligné.
Rien que sur le plan symbolique, un tel rassemblement de la part d’un “groupe marginalisé” doit se tenir dans le centre de la capitale, a souligné Dragana Vuckovic à la télévision B92.
Le rassemblement gay devait se tenir dimanche à partir de 11 heures devant la faculté de philosophie, en plein coeur de Belgrade.
La tension et la nervosité des autorités étaient palpables depuis plusieurs jours, surtout depuis l’agression dont a été victime jeudi soir à Belgrade un supporteur français de football, Brice Taton, grièvement blessé par des supporteurs du Partizan Belgrade.
Les autorités ont vu dans cette agression par des éléments incontrôlés un avant-goût de ce qui pouvait se passer à l’occasion de la gay pride, dont la préparation a suscité la fureur des mouvements ultra-nationalistes. Ceux ci ont multiplié récemment les propos menaçants.
Les autorités serbes, le président Boris Tadic en tête, ont lancé vendredi un avertissement aux possibles fauteurs de troubles, le ministre de l’Intérieur, Ivica Dacic, allant jusqu’à qualifier l’atmosphère à Belgrade d’”électrique”. L’agression contre le supporteur français démontre ce dont sont capables les “groupes extrémistes”, avait ajouté le ministre.
Le premier rassemblement public d’homosexuels serbes s’était achevé dans la violence, en 2001 à Belgrade, les forces de l’ordre n’ayant pas été en mesure de contenir des assaillants ultra-nationalistes, auxquels s’étaient joints des supporteurs de football précisément et des skinheads.
Huit ans après, alors que la Serbie compte présenter sa candidature à l’Union européenne d’ici la fin de l’année, une gay pride à Belgrade est à nouveau annulée.
Plusieurs mouvements ultra-nationalistes serbes ont exulté samedi en apprenant l’annulation du rassemblement de dimanche.
C’est “une grande victoire de la Serbie normale et des citoyens face à la force et aux menaces”, a déclaré le Mouvement populaire serbe (SNP) 1389.
Comme dans un geste de défi, ce groupuscule ultra-nationaliste a même appelé à une “fête populaire serbe” ouverte “aux personnes sexuellement non-déviantes” devant la faculté de philosophie de Belgrade, à l’endroit même où devait commencer la gay pride.
Une dizaine de personnes seulement, pour la plupart des activistes de cette organisation, ont répondu à cet appel.
Un autre groupuscule ultra-nationaliste, Nasi (Les nôtres) a vu dans l’annulation du rassemblement homosexuel “le début de la fin pour tous ceux qui depuis des années couvrent la Serbie de boue et insultent l’église orthodoxe serbe et ses fidèles”.
“Les dirigeants de l’UE et de l’Amérique qui soutiennent les (homosexuels) doivent savoir que tant qu’il y aura des Serbes orthodoxes, il n’y aura pas de défilé d’homosexuels en Serbie”.
Selon les médias serbes, la police a procédé à l’arrestation de 30 personnes soupçonnées d’appartenir à des groupes ultra-nationalistes et d’avoir voulu porter atteinte à l’ordre public.
Le Conseil de l’Europe a déploré l’annulation du défilé de la Gay Pride à Belgrade en raison des risques de violences, dans un communiqué publié lundi à Strasbourg. “Je regrette vivement que le défilé de la Gay Pride prévu à Belgrade ait dû être annulé en raison de menaces de violences. C’est une triste journée non seulement pour la communauté (homosexuelle et lesbienne), mais aussi pour tous ceux qui, en Serbie, croient à la démocratie, à la dignité humaine et aux droits de l’homme”, a estimé la secrétaire générale par intérim du Conseil de l’Europe, Maud de Boer-Buquicchio.
La responsable du Conseil de l’Europe a encouragé “les autorités serbes à examiner les circonstances qui ont conduit à cette annulation et à s’assurer, à l’avenir, qu’on ne permette plus que la violence, les préjugés et la haine empêchent l’exercice de droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme”.
La Mission à Belgrade de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), la délégation de la Commission européenne dans la capitale serbe et le bureau local du Conseil de l’Europe ont également exprimé leur regret, estimant que les “menaces, les intimidations et l’intolérance” avaient prévalu “malheureusement” le week-end dernier.
Les autorités de l’Etat “ont une responsabilité directe pour garantir un exercice réel” des droits à la liberté d’expression et de rassemblement, mais aussi pour lutter contre la discrimination, ajoute le communiqué conjoint des trois représentations.
Vers une interdiction des mouvements ultra-nationalistes qui ont menacé la Belgrade Pride
Le secrétaire d’Etat serbe à la Justice envisage d’interdire les mouvements proférant des “menaces”, tels que certaines organisations ultra-nationalistes à l’origine de l’annulation de la gay pride dimanche à Belgrade.
La justice a l’intention de proposer à la Cour suprême de Serbie “l’interdiction de toutes les organisations qui lancent des menaces”, a déclaré Slobodan Homen sur la chaîne de télévision B92.
Le secrétaire d’Etat a cité notamment les groupuscules ultra-nationalistes Obraz (Honneur) et le Mouvement populaire serbe 1389 (SNP).
Ceux ci avaient annoncé la semaine dernière leur intention de s’opposer à tout prix à la tenue d’une Gay pride à Belgrade, dimanche. Le secrétaire général d’Obraz, Mladen Obradovic, avait affirmé que les organisateurs de l’événement seraient les “uniques responsables” de ce qui pourrait se passer.
Le maire de Belgrade, Dragan Djilas, avait également prôné vendredi une interdiction des “groupes et organisations prônant la violence”.
Le directeur de la police serbe, Milorad Veljovic, a annoncé pour sa part lundi, également sur B92, que “les mesures les plus rigoureuses” seraient prises contre toute personne prônant la violence.
“Nous appliquerons les mesures les plus rigoureuses, en coordination avec les organes de la justice, contre tous ceux qui souhaitent et prônent la violence dans les rues de Belgrade”, a déclaré M. Veljovic.
M. Veljovic a précisé que “37 personnes avaient été arrêtées” dimanche pour avoir tenté de se rassembler dans le centre de Belgrade à l’appel du SNP 1389. D’importantes forces de l’ordre avaient été déployées dans la ville pour prévenir tout réunion de ce type.
“Nous déposerons des plaintes en justice contre cinq personnes, quatre ont été condamnées à un mois de prison, les autres feront l’objet d’amendes”, a précisé M. Veljovic.
Le document invite l’Etat serbe et la société à “travailler de concert pour que la Serbie continue d’oeuvrer en faveur des principes d’égalité et de non-discrimination”.
source:e-llico.com




