Dans la Tribune de Genève, Joëlle Rochat et Catherine Gaillard, fer de lance des Assises contre l’homophobie, espèrent que ces deux journées de réflexion permettront de réduire les souffrances des jeunes.
Malgré les progrès effectués dans la reconnaissance des personnes lesbiennes, gaies, bi et transsexuelles (LGBT), 74 pays condamnent aujourd’hui encore l’homosexualité et sept la punissent de mort. Sans être aussi dramatique, la situation en Suisse n’est pas idyllique. De nombreux jeunes éprouvent un réel mal-être à assumer leur orientation sexuelle. Souhaitant combattre les discriminations persistantes, la Fédération genevoise des associations LGBT, en partenariat avec l’Etat, la Ville de Genève et l’Unité interdisciplinaire d’études genre de l’Université de Genève lancent les premières Assises contre l’homophobie en Suisse romande. Le point avec leur coordinatrice, Joëlle Rochat, et Catherine Gaillard, coprésidente des associations LGBT.
On se dit qu’il reste encore bien du chemin à parcourir quand Marcello Lippi, entraîneur de l’équipe italienne de football déclare: «Pas de couple homosexuel en sélection»…
Les insultes homophobes sont courantes et les terrains de foot ne sont de loin pas épargnés. Elles touchent même déjà les plus petits dans les cours de récréation. Des insultes qui font des ravages au niveau de la santé. Ainsi, de nombreux jeunes LGBT souffrent, selon de récentes études, deux fois plus de dépression que la normale et ont trois à cinq fois plus de risques de tenter de se suicider. Combattre cette souffrance, souvent vécue en solitaire, nous a particulièrement motivés à organiser ces premières assises contre l’homophobie en Suisse romande.
Qu’en attendez-vous?
Au même titre que le sexisme ou le racisme, il est temps de mettre en place une dynamique globale en matière de lutte contre l’homophobie. Il faut empoigner le dossier avec la même énergie et réunir toutes les compétences pour y parvenir. L’aide des pouvoirs publics est indispensable pour prévenir ce fléau et changer les mentalités.
Quelles seront les temps forts de cette première en Suisse romande?
Les témoignages de vendredi en fin de matinée devraient être très instructifs. Et pas seulement ceux des personnes LGTB. Denis Duchosal, ex-joueur de football devenu entraîneur de jeunes au FC Servette, s’intéressera plus spécialement à la façon de prévenir tout propos ou acte homophobe dans le monde footballistique. Les tables rondes menées par Jean-Philippe Rapp, président d’honneur de la manifestation, samedi matin, avec les associations de parents d’élèves et les syndicats d’enseignants devraient, elles aussi, être intéressantes. Ces milieux sont parfois craintifs par rapport à certains thèmes polémiques. De peur d’influencer des jeunes, ils préfèrent parfois l’omerta. Comme si l’homosexualité était contagieuse!
Comptez-vous renouveler l’expérience?
Cela fait deux ans que nous planchons sur ces Assises. Nous ne comptons pas nous arrêter là. Les jeunes sont à l’honneur cette année, mais de nombreuses autres thématiques pourraient être développées. Notamment l’homophobie dans le monde du travail. La manifestation devrait être reconduite dans la perspective d’atteindre l’exemplaire niveau canadien.
Le Canada est donc un modèle?
Dans ce pays, on t’invite avec ton copain ou ta copine. L’homosexualité est totalement intégrée. Dans toutes les écoles, institutions et autres centres sportifs, le réseau d’allié-e-s propose une personne de référence pour soutenir et orienter les jeunes LGTB.
Assises contre l’homophobie, vendredi 4 et samedi 5 septembre à Uni Mail; gratuites et ouvertes au public. www.federationlgbt-geneve.ch




