L’exposition collective « Frontières » présente les travaux de la Sud-africaine Zanele Muholi, qui pose la question de l’homosexualité.

Des 26 photographies qui tapissent le hall du Centre culturel français (ccf) de Yaoundé depuis le 08 mars dernier, trois accrochent le regard. Colorés, gais, lumineux et créatifs, ces portraits tranchent avec la sobriété des autres photos en noir et blanc. L’auteur, la Sud-africaine Zanele Muholi, a réussi à créer l’illusion autour des images pourtant réalistes, et ce leurre intrigue.

Quel est le sexe de la personne représentée sur les trois tableaux? Homme, femme, le public s’interroge. Car, son modèle, l’artiste l’a volontairement placé à la frontière des sexes, dans une série baptisée « Miss D’Vine », du nom de ce militant des Drag queen (des hommes, gays, bisexuels ou hétéros, qui s’habillent en femmes) sud-africain qui s’est prêté à la photographie.

Le premier portrait de la série représente le modèle assis sur le sol. Il porte de fines boucles d’oreilles, un collier multicolore autour du cou, une petite jupe traditionnelle faite de perles et des chaussures à talons d’un rouge vif. Ses cheveux sont assouplis, son torse est nu et sa poitrine plate. Dans le second portrait, le modèle est accroché à une grille et donne l’impression de fuir quelque chose ; mais son regard, qui semble prendre le monde de haut, laisse perplexe. La troisième photo a le même décor que la première, une savane. Debout, le modèle arbore une courte robe noire dont il tient les volants. C’est cette photographie d’un homme travesti en femme que le Ccf a choisi pour illustrer son programme des mois de mars et avril.

Cause homosexuelle

Le texte de Zanele Muholi qui accompagne la série « Miss D’Vine », explique : « En tant qu’homos noirs vivant aussi bien sur le continent que parmi la diaspora, nous sommes devenus des êtres indépendants qui inscrivent leur empreinte dans le monde. Pourtant, en raison […] du système patriarcal hétéro [...] très peu d’entre nous le transformons en livres de leur histoire personnelle, car l’histoire officielle est toujours dominée par des patriarches homophobes… » Militante des droits de la femme et de la santé sexuelle née en 1972 à Durban en Afrique du Sud, Zanele Muholi a choisi d’interroger le corps humain et le sexe. Elle traite des groupes marginalisés et des identités multiples, et propose un discours radical sur l’identité sexuelle.

Ses portraits sont-ils trop osés pour être exposés au Cameroun, un pays où l’homosexualité est interdite par le code pénal ? Non, répond Soleïma Arabi, animatrice culturelle au Ccf de Yaoundé: « Je ne vois pas là une apologie de l’homosexualité mais une interrogation. Ce travail choque tout le monde parce que, contrairement à la plupart des artistes, Zanele Muholi interroge une frontière qui est humaine : la frontière de la sexualité entre l’homme et la femme. Je pense que faire un acte artistique c’est toujours faire un acte libre, qui est la liberté de l’artiste, qui est la liberté du Centre culturel français de Yaoundé».

source: Stéphanie Dongmo – quotidienlejour.com


Frontières

En cours jusqu’au 31 mars 2011, l’exposition « Frontières » est organisée par le Centre culturel français de Yaoundé, en partenariat avec l’Institut français et le groupe Bolloré Africa logistics. C’est un panorama de 40 photographies et 13 vidéos d’artistes africains sélectionnes par le jury des Rencontres photographiques de Bamako en 2009. Après Yaoundé, l’exposition itinérante, présentée depuis le premier semestre 2010 en Afrique, sera à Pointe Noire, Lomé, Cotonou, Lagos, Accra, Dakar… A Yaoundé, elle réunit les travaux de huit plasticiens : le Camerounais Guy Wouete, le Mozambicain Berry Blickle, les Sud-africaines Jodi Bieber et Zanele Muholi, le Congolais Baudouin Mouanda, le Malien Salif Traore, le Tchadien Abdoulaye Bayy et le Nigérian Uche Okpa Iroha.

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